Reunification
Le rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne était la promesse de la gauche, et aussi la raison pour laquelle l’ensemble du mouvement breton soutenait plus ou moins ouvertement, à l’occasion des dernières élections régionales, la liste commune PS/Verts/UDB conduite par Jean-Yves Le Drian, aujourd’hui président de la région Bretagne.
Dans son édition du 28 février 2005, le quotidien Le Télégramme ne manquait pas de le rappeler : “Jean-Yves Le Drian est bien embarrassé. Après sa campagne électorale flamboyante, après son élection triomphale, après de longs mois “d’état de grâce” à la tête d’un exécutif actif et enthousiaste accumulant les effets d’annonce, le président de la Bretagne est en panne sur un sujet qui lui tient pourtant à coeur : la réunification bretonne”.
Jusqu’au soir du 28 mars 2004, et ce n’était pas une erreur que de le dire, la question de la réunification de la Bretagne était sérieusement entravée par l’activisme jacobin des présidents des deux régions administratives concernées, Josselin de Rohan pour la Bretagne, François Fillon pour les Pays de la Loire. L’un et l’autre, membres de la même majorité gouvernementale, s’entendaient parfaitement sur la nécessité de ne pas remettre en cause l’équilibre de leurs bastions respectifs.
Au lendemain du 28 mars, cependant, tous les espoirs paraissaient permis. Non seulement Rohan et Fillon étaient sévèrement battus, mais la Loire-Atlantique, département-pivot, se donnait en parallèle un nouveau président du Conseil général. Et par n’importe lequel, puisqu’était intronisé Patrick Mareschal, ancien président du CUAB, Comité pour l’unité administrative de la Bretagne. D’aucuns affirmaient que la règle de trois ainsi réalisée, la réunification ne serait plus qu’une question de semaines.
Oui, mais voilà. A contrario de tout ce que l’on a toujours voulu nous affirmer, socialisme et jacobinisme riment parfaitement. L’Histoire ne ment pas. Certes, ici ou là, sous la contrainte de particularismes locaux, et plus sûrement pour répondre à des impératifs électoraux, tel ou tel élu de la gauche bretonne pouvait déclarer son enthousiasme pour “l’affirmation d’une Bretagne forte, ouverte, bien sur son territoire et unie administrativement”. Mais lorsqu’il déclarait tout aussitôt qu’il s’agissait “d’une utopie constructive”, la Raison des Bretons se devait d’être alertée. Leur Coeur a été dupe.
Sur le sujet de la réunification territoriale, il ne s’agit pas pour nous, ici, de regretter Josselin de Rohan ou François Fillon. A leur égard, nous ne nourrissions aucune illusion.
Pour autant, et cela nous a été reproché, nous avions pris la précaution de ne pas nous gargariser de la victoire des socialistes. “Ne tuez pas l’espoir”, nous écrivait un vieux militant de la cause bretonne, “il faut y croire et soutenir la nouvelle majorité nonobstant sa couleur politique”. Nous répondions alors : “La couleur politique de la nouvelle majorité nous importe peu, et ne nous berce pas d’illusions, puisque gauche et droite bretonnes ne sont que les revers du même système politique”.
Les maires socialistes Hervé, à Rennes, ou Ayrault, à Nantes, par ailleurs président du groupe PS à l’Assemblée nationale, nous ont déjà depuis longtemps convaincus que le PS parisien n’était pas l’ami de la Bretagne. L’arrivée sur la scène du nouveau président des Pays de la Loire, Jacques Auxiette, maire PS de la Roche-sur-Yon, venait nous conforter dans notre opinion. En parlant “d’annexion” possible de la Loire-Atlantique par la Bretagne, il a littéralement horrifié les Bretons qui voulaient y croire. Comme perdus, ceux-là se retournaient alors vers le nouveau président du Conseil général de Loire-Atlantique. Avec ce militant attesté de la cause bretonne, on allait voir ce que l’on allait voir. Ils ont vu. Patrick Mareschal a répondu que son engagement personnel ne déterminerait pas son action politique (Le Télégramme – 28/02/2005).
Il en va ainsi aujourd’hui. Les hommes politiques, à droite ou à gauche, de Bretagne ou d’ailleurs, ne font plus coïncider engagement personnel et engagement politique. Le premier n’est plus que poudre jetée aux yeux des électeurs ; le second n’est plus qu’aux ordres du parti parisien employeur. Nous en sommes au stade de la politique d’apparence.
Pour justifier son soutien à la majorité PS de Bretagne, et excuser peut-être les strapontins alloués, le vice-président UDB de la région parle désormais de “méthode réaliste” lorsqu’il évoque cette question reportée de la réunification. “L’essentiel”, dit-il, “‘est de parler de la Bretagne”. Désormais institutionnalisé, l’ex-porte-parole de l’UDB est en bonne voie d’intégration. Comme tous ses anciens compères de l’extrême-gauche, les “révoltés” d’hier récupérés par le système, il fait son lit de la gauche bourgeoise. Encore un effort, camarade, et tu finiras sénateur…
Avec cette alliance de l’UDB avec le parti socialiste, le mouvement politique breton parvient au terme de son processus d’atomisation. La gauche bretonne comble ainsi son retard sur la droite. Paradoxalement, elle ouvre aussi de nouvelles perspectives pour l’avenir. Hors du pouvoir effectif, l’UDB entretenait l’illusion d’incarner une alternative bretonne au système politique parisien. Engluée dans le “réalisme” du pouvoir, comme hier le PC, elle est appelée à disparaître.
Cela pourra être l’occasion de voir émerger enfin une nouvelle force politique bretonne d’envergure, à condition qu’elle soit capable de rassembler en son sein des Bretons issus de différents horizons politiques en affichant des objectifs essentiels. A défaut de se reconnaître dans un tel mouvement, les militants bretons désireux d’agir n’auront d’autre choix que de continuer à se poser en supplétifs des partis politiques parisiens. Au nom du réalisme qui tue l’idéal.